RÉACTION DU MOUVEMENT DÉMOCRATE SUR LE PROJET DE REFORME DES RETRAITES
Par Pierre LECLERCQ le jeudi 17 juin 2010, 07:12 - Lien permanent
« LE PROJET N’EST PAS EQUITABLE »
1- La réforme des retraites est nécessaire. Elle ne peut pas être
sans efforts. Mais lorsque les efforts ne sont pas équilibrés, ils ne sont pas
acceptés.
2- Pour obtenir une réforme équilibrée, il fallait répondre à quatre
exigences :
dans le court terme, des ressources nouvelles qui
suppriment le déficit; dans le moyen terme, une politique qui permette un plus
grand nombre d’actifs au travail par rapport au nombre de retraités – donc une
politique crédible de création de travail- ; en même temps, un glissement
de l’âge légal de départ en retraite, nécessairement accompagné de mesures en
faveur des carrières longues, de la pénibilité, et d’un filet de sécurité pour
les carrières incomplètes - ; dans le long terme, enfin, la réflexion sur
un nouveau système, unifié, de retraites.
3- Le plan n’est pas convainquant en matière de ressources
nouvelles.
On ne peut donc en attendre un rééquilibrage durable. L’augmentation de 1 % de
la dernière tranche de l’impôt sur le revenu (de 40 % à 41 %) n’est même pas
symbolique. Les prélèvements sur les revenus du capital sont à peine esquissés.
En vérité, là où l’on attendait un effort demandé aux plus favorisés, on a
quelques mesures pour faire semblant. L’équilibre des efforts entre le bas et
le haut de la pyramide sociale n’est pas équitable.
4- L’utilisation du fonds de réserve des retraites
pour amortir les déficits d’ici à 2020 est la conséquence de ce déséquilibre.
C’est ruiner une idée qui, pour une fois, était prévoyante. La France mettait
de côté des sommes importantes, pour faire face au déséquilibre démographique
attendu du « papy-boom ». On était encore très loin de l’objectif fixé.
Mais cette « épargne nationale » va être immédiatement utilisée.
C’est le choix du court terme face au long terme.
5- La question d’une politique pour la production et le
travail,
l’encouragement à la création d’emplois est presque totalement absente du plan
gouvernemental. Or si l’on ne trouve pas des emplois nouveaux, pour les jeunes
et les plus de cinquante ans en particulier, aucune réforme des retraites n’a
la moindre chance de marcher.
6- Pour nous, le seuil des 62 ans en 2018 est
acceptable.
Cet âge aurait pu être atteint au rythme d’un trimestre supplémentaire par an
en commençant au 1er janvier 2011. Le gouvernement a choisi un glissement de
quatre mois par an, mais en commençant plus tard, au 1er juillet 2011. Des
dérogations sont prévues qui maintiendront l’âge de 60 ans pour les salariés
entrés dans la vie professionnelle avant 18 ans. L’augmentation prévue de la
durée de cotisation est modérée (un trimestre supplémentaire). Sur ces deux
points, importants, sous réserve de précisions, nous pensons que la réforme n’a
pas commis d’erreur majeure.
7- Pour la pénibilité, après la réflexion des partenaires
sociaux
sur les éléments objectifs qui la définissent (port de charges lourdes, travail
de nuit, exposition au bruit, exposition aux produits chimiques), le
Gouvernement a choisi un examen individuel diagnostiquant une dégradation
précoce de l’état de santé. Ce n’est pas vraiment juste car la pénibilité
supportée longtemps, en soi, avec ou sans conséquences détectables, (certains
troubles ou maladies graves peuvent mettre longtemps à apparaître) devrait
entraîner un droit à la retraite plus précoce.
8- La décision la plus injuste, et pour nous
inacceptable,
c’est la modification du seuil de 65 ans qui permettait de liquider sa
retraite, avec les droits acquis, même incomplets, mais sans pénalisation.
Cette disposition concerne les salariés les moins favorisés, très souvent les
femmes ayant élevé des enfants, ou tous ceux qui ont eu des difficultés de
carrière, qui ont « galéré ». C’était un filet de sécurité. Ce déplacement
est injuste : il atteint les plus faibles, et les années après 65 ans sont
plus sensibles que les années après 60 ans, - on avance en âge. De surcroît,
c’est un artifice comptable : la plupart des salariés concernés ne sont
plus au travail, ils sont au chômage de longue durée et attendent cet âge pour
liquider leur retraite. Il s’agit donc en fait d’un transfert de charges des
caisses de retraite vers les caisses d’indemnisation du chômage.
9- Les efforts demandés aux fonctionnaires, et dans quelques années
aux régimes spéciaux, correspondent à une réelle attente des Français en termes
de justice et d’égalité devant la retraite.
Mais ils auront des conséquences sur le pouvoir d’achat, dont il faudra tenir
compte dans la politique à suivre à l’égard de la fonction publique.
10- Enfin, le gouvernement n’a pas accepté d’ouvrir la réflexion sur
le régime de retraites de l’avenir, le seul capable de sauver les
retraites par répartition,
le régime de retraites unique à points, ou à comptes personnels, qui seul
autorise en même temps l’équilibre des comptes et la souplesse du choix
personnel de chaque salarié, qui connaît à tout moment ses droits et peut
choisir l’âge à partir duquel il les exercera. C’était une occasion unique, au
moment où plusieurs organisations syndicales ou politiques demandaient une
telle réflexion, d’ouvrir, sans pression, des pistes pour l’avenir.
11- En l’état, ce projet n’est pas équitable.
Nous allons donc participer au débat, notamment à l’Assemblée nationale et au
Sénat, pour que les changements indispensables rendent, si c’est encore
possible, cette réforme plus équilibrée et plus juste.
Commentaires
Comme en 2003 chacun a compris que le problème n'était pas réglé, voilà une demi mesure que l'on va encore faire passer pour une réforme et qui, à nouveau, ne sert qu'à reculer pour mieux sauter, puisque la solution était et demeure dans le financement des retraites ; et, où peut-on discerner une quelconque véritable réforme autrement dit des dispositions sérieuses et profondes en la matière, sinon deux mesurettes - élévation du taux de cotisation des fonctionnaire et du taux de la dernière tranche de l'impôt sur le revenu dont l'apport sera sans commune mesure avec le déficit structurel - qui, aussi acceptables soit-elles, vont servir d'alibi pour, une fois de plus, leurrer le bon peuple. Encore et toujours la com, la com, il n'y a plus que cela qui vaille de nos jours, tout est superficiel.