LES RETRAITES : l'équité public-privé occultée par le PS
Par Pierre LECLERCQ le lundi 14 juin 2010, 19:10 - Lien permanent

Depuis la publication des Propositions du Parti socialiste (PS) pour la
réforme des retraites, le débat s’est concentré sur le mode de financement et
sur son chiffrage. Mais très peu sur un autre sujet pourtant très important
d’un point de vue moral et financier : les inégalités entre les régimes de
retraite des secteurs public et privé.
Dans les 8 pages des Propositions du Parti Socialiste pour les retraites, il faut attendre la dernière pour voir aborder le sujet des inégalités public / privé dans ce domaine. Deux paragraphes, un petit quart de page, y sont consacrés, et uniquement en ce qui concerne le régime des fonctionnaires. Aucun des autres régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF, GDF, Banque de France, Parlementaires …) n’est mentionné.
Dans le premier paragraphe, le PS nie le problème :
"Contrairement à ce qui est affirmé à des fins électoralistes par la
droite, les situations entre le privé et le public sont beaucoup plus proches
qu’on le croit".
Pour démonter cet argument, on peut dresser la liste des avantages dont
bénéficient les salariés du secteur public. Mais il est plus objectif de
constater que les taux de cotisations employeurs nécessaires pour financer les
retraites du public sont très supérieurs à ceux du privé. Et il est encore plus
simple de constater le refus obstiné des intéressés de voir aligner les régimes
du public sur celui du privé.
Seule la défense d’avantages considérables peut justifier une telle
mobilisation et la prise de risque, pour des serviteurs de l’Etat, de devoir
affronter l’hostilité de la société civile.
Une justification douteuse :
Pourquoi les retraites des fonctionnaires sont-elles calculées sur la
moyenne des salaires des 6 derniers mois et non pas sur les 25 meilleures
années comme dans le privé ?
Le texte du PS affirme que c’est pour compenser la non prise en compte des
primes des fonctionnaires dans le calcul de leur retraite Cette justification
est très douteuse. La règle des 6 mois n’a d’ailleurs été modifiée ni
depuis qu’une partie des primes des fonctionnaires sont prises en compte ni
quand la base de calcul dans le privé est passée de 10 à 25 ans.
Dans le second paragraphe, le document admet qu’il faut quand même tenir compte
de ce sentiment injustifié : "Cependant, la réforme doit tenir
compte du sentiment d’injustice très répandu parmi les salariés du
privé". Le texte propose donc de ne rien changer pour les
fonctionnaires déjà en poste, et de créer une commission "pour de nouveaux
rapprochements entre les retraites du public et du privé correspondant à, une
revalorisation des rémunérations dans la fonction publique". La
chute de cette phrase est étrange, on voit mal en quoi le rapprochement des
retraites correspondrait à une hausse des rémunérations des
fonctionnaires.
Le terme "correspondant" a sans doute été mis là par prudence
à la place de "en échange de", qui aurait déclenché des
protestations dans le secteur privé. De toute manière, créer une
commission quand on dispose déjà des 8 rapports du Conseil d’Orientation des
Retraites indique une volonté de ne pas aboutir.
En 2007, le Parti Socialiste avait imprudemment caricaturé l’insécurité en
"sentiment d’insécurité". !!!!En 2010, il serait risqué de refuser de regarder
en face les graves injustices de notre système de retraite et de les
caricaturer en "sentiment d’injustice" alors que ce sont vraiment des
injustices. Soigner son électorat peut être payant, mais un clientélisme trop
visible peut devenir contre-productif.
Le dernier dossier de l’iFRAP est volontairement intitulé
"RETRAITES, l’équité comme préalable à la réforme". Loin
d’être mineur, l’objectif de rétablir l’équité entre Français est essentiel et
conditionne l’acceptation de la réforme en cours.
Document de Philippe François, iFRAP.