TEXTE DE MR JACQUES JEANTEUR CONSEILLER REGIONAL MODEM

En quelques jours deux grandes figures de la résistance au régime communiste viennent de nous quitter.
Le premier, Nobel de littérature en 1970, a incarné le refus du totalitarisme soviétique, mais son combat, enraciné dans sa foi, n’entraînait pas une adhésion au libéralisme occidental.
Le second, conseiller du syndicat libre polonais Solidarnosc, puis ministre des affaires étrangères de Pologne a incarné l’opposition au régime communiste polonais, mais il a été aussi le symbole de l’humanisme européen.

Dans son éditorial de « La Croix », François Ernenwein parle pour Soljenitsyne de « La trace d’un géant ». Il écrit : « Son territoire était celui de l’homme qui ne cesse d’espérer, habité par une foi vivante, même par vents contraires…Il a prouvé, avec d’autres, que le courage, la résistance intérieure peuvent venir à bout du mensonge institutionnalisé et du meurtre d’Etat…L’engagement pour la vérité n’ayant pas de fin, il avait redressé la tête quand le pouvoir exigeait de lui qu’il la ploie. Et, dès cet instant, il est resté droit. Tragique dans ses combats mais assez solitaire. Mais, toujours lumineux de cette victoire remportée contre la soumission. »Aimer Dieu, aimer l’homme, aimer la vérité, tel est le triptyque soljénitsynien. L’auteur d’Une journée d’Ivan Denissovitch, du Premier Cercle, du Pavillon des cancéreux et de L’archipel du Goulag a dénoncé la barbarie du totalitarisme communiste. Sa voix fut celle de la liberté et celle de la libération de toute une part de l’humanité. Il fut un résistant exemplaire.

Sa non-adhésion au libéralisme américain montre bien que la société ne peut être binaire et que c’est dans l’équilibre que se situe la vérité.

De Geremek, José Manuel Barroso, président de la commission européenne a dit : « J’aimerais que les générations futures se souviennent de Bronislaw Geremek comme un exemple d’esprit libre et qu’il reste dans notre mémoire comme un des symboles les plus puissants de la libération à l’égard de toute oppression. » Il s’est toujours battu pour rendre l’impossible indispensable et pour qu’il devienne, contre toute attente, la réalité.
Député de Solidarité, il a rejoint la branche centriste et libérale du mouvement. Il est ministre des affaires étrangères de 1997 à 2000. En 2004, il devient député européen. Ses amis le proposent à la présidence. Comme le dit Daniel Vernet dans « Le Monde » : « Quel symbole c’eut été pour l’Assemblée européenne de porter à sa tête, au lendemain de l’élargissement, ce héraut de la lutte pour la liberté et l’unité de l’Europe ! Insensibles à l’appel de l’Histoire, les apparatchiks des deux grands partis, socialiste et conservateur, ont préféré continuer à se partager les postes. » Là encore, ont voit les limites du sectarisme et du bipartisme.

Résister n’implique pas d’être contre un camp et défenseur de l’autre. La résistance, pour se justifier, implique le souci constant de la vérité et du respect de chaque homme dans son intégrité et sa spécificité culturelle, sociale, religieuse et politique.