SOLJENITSYNE ET GEREMEK
Par Pierre LECLERCQ le vendredi 8 août 2008, 15:02 - Lien permanent
TEXTE DE MR JACQUES JEANTEUR CONSEILLER REGIONAL MODEM
En quelques jours deux grandes figures de la résistance au régime communiste
viennent de nous quitter.
Le premier, Nobel de littérature en 1970, a incarné le refus du totalitarisme
soviétique, mais son combat, enraciné dans sa foi, n’entraînait pas une
adhésion au libéralisme occidental.
Le second, conseiller du syndicat libre polonais Solidarnosc, puis ministre des
affaires étrangères de Pologne a incarné l’opposition au régime communiste
polonais, mais il a été aussi le symbole de l’humanisme européen.
Dans son éditorial de « La Croix », François Ernenwein parle pour
Soljenitsyne de « La trace d’un géant ». Il écrit : « Son
territoire était celui de l’homme qui ne cesse d’espérer, habité par une foi
vivante, même par vents contraires…Il a prouvé, avec d’autres, que le courage,
la résistance intérieure peuvent venir à bout du mensonge institutionnalisé et
du meurtre d’Etat…L’engagement pour la vérité n’ayant pas de fin, il avait
redressé la tête quand le pouvoir exigeait de lui qu’il la ploie. Et, dès cet
instant, il est resté droit. Tragique dans ses combats mais assez solitaire.
Mais, toujours lumineux de cette victoire remportée contre la soumission.
»Aimer Dieu, aimer l’homme, aimer la vérité, tel est le triptyque
soljénitsynien. L’auteur d’Une journée d’Ivan Denissovitch, du Premier Cercle,
du Pavillon des cancéreux et de L’archipel du Goulag a dénoncé la barbarie du
totalitarisme communiste. Sa voix fut celle de la liberté et celle de la
libération de toute une part de l’humanité. Il fut un résistant
exemplaire.
Sa non-adhésion au libéralisme américain montre bien que la société ne peut
être binaire et que c’est dans l’équilibre que se situe la vérité.
De Geremek, José Manuel Barroso, président de la commission européenne a
dit : « J’aimerais que les générations futures se souviennent de
Bronislaw Geremek comme un exemple d’esprit libre et qu’il reste dans notre
mémoire comme un des symboles les plus puissants de la libération à l’égard de
toute oppression. » Il s’est toujours battu pour rendre l’impossible
indispensable et pour qu’il devienne, contre toute attente, la réalité.
Député de Solidarité, il a rejoint la branche centriste et libérale du
mouvement. Il est ministre des affaires étrangères de 1997 à 2000. En 2004, il
devient député européen. Ses amis le proposent à la présidence. Comme le dit
Daniel Vernet dans « Le Monde » : « Quel symbole c’eut été pour
l’Assemblée européenne de porter à sa tête, au lendemain de l’élargissement, ce
héraut de la lutte pour la liberté et l’unité de l’Europe ! Insensibles à
l’appel de l’Histoire, les apparatchiks des deux grands partis, socialiste et
conservateur, ont préféré continuer à se partager les postes. » Là encore,
ont voit les limites du sectarisme et du bipartisme.
Résister n’implique pas d’être contre un camp et défenseur de l’autre. La résistance, pour se justifier, implique le souci constant de la vérité et du respect de chaque homme dans son intégrité et sa spécificité culturelle, sociale, religieuse et politique.